Savoir dire non

Posté le 19 octobre 2010

Il y a quelques années nous avions créé un groupe d’analyse de la pratique supervisé par une psy (notre psy)… Lors de ces groupes nous devions convenir d’un sujet, que nous développions d’abord ensemble, puis une à une devant notre thérapeute, pour au final mettre en commun les dires de chacune. Un soir, donc, (car ces séances avaient lieu de 20h à 22h – en soirée, on s’invite plus facilement à la confidence – …) nous voilà parties sur « Comment dire NON ! » ! Le débat a vite viré au « Savoir dire NON ! » (car comment dire si l’on ne sait pas ?)…

Soirée surprenante s’il en est… Nous étions un groupe de 5 collègues-amies (nous nous connaissions depuis peu mais l’entente fût immédiate), 4 orthophonistes et une orthoptiste (que j’embrasse au passage, vous vous rappelez les filles ?). Cinq nanas, chacune très différentes mais avec ce point commun qui nous lie toutes : l’écoute bienveillante de la différence et la tolérance…

Nous voilà donc lancées sur la pente du « savoir dire NON !« , chacune citant à qui mieux mieux ses facilités ou difficultés à s’affirmer face à certains patients qui le méritent bien…

Première leçon : Il est difficile de savoir dire non ! Bon, là, on est toutes d’accord ! UNANIMITE !

Et puis vient le tour à tour en solo avec notre chère psy, qui, comme à chaque fois, pose LA question qui tue ! Cette fois-ci, la question était : « et en privé, tu sais dire non ? »… Bon bon bon (pas fière), ben non, je sais pas bien dire non, ni en pro ni en perso (enfin un peu quand même mais vraiment, faut que je sois à bout !)…

Poursuivons : Nous avons une seule et même nature (nous sommes des femmes), mais suivant notre fonction (professionnelle, femme, mère…) on sait ou ne sait pas dire non !

 

Deuxième leçon : Le « savoir dire non » varie suivant notre fonction d’être humain !

Ah ?! Intéressant ! Développons : Ne parlons pas de mon cas qui est plutôt homogène, mais de cette amie-là qui nous fit l’effet d’une bombe ! Elle, fraîche, dynamique, souriante, l’ortho-ptiste (pas la -phoniste), que nous nous étions toutes mises à charrier gentiment, revient de son entretien solo toute pétillante ! Effectivement nous avions passé une bonne partie de la soirée, gonflées à bloc, à lui dire que s’il y en avait une qui ne SAVAIT pas dire « NON ! », c’était bien elle, qui travaille 6 jours sur 7 et 12 h par jour !! « Alors, hein, si toi tu sais dire « NON ! », nous, tu parles, on se pose même plus la question !!! » Mais comme dit le proverbe : « tel est pris qui croyait prendre », c’est la leçon que nous allions en tirer, les -phonistes, toutes penaudes…

Car nous oubliions toutes un « léger » détail : nous parlions de sa fonction professionnelle, nous ne nous étions pas tournées une seule seconde sur sa fonction de femme… Et là, surprise ! Ce petit bout de femme, incapable de refuser une consultation, se révélait être une maîtresse-femme à la maison, qui maîtrise parfaitement l’art et la manière de dire « NON !« .

Bien sûr, si je raconte ici cet épisode, c’est que nous sommes rentrées ce soir-là, nous les -phonistes, bien songeuses, alors que notre -ptiste avait un air triomphant ! Cela pose question, car au fond : quand et pourquoi sait-on dire  »NON !«  ? C’est le vrai fond du problème !

A quoi tient ce « NON !«  ? S’agit-il de mise en confiance, de degré de considération, de timidité, de peur de se montrer tel que l’on peut être, de révéler une nature qui pourrait gâcher l’image que nous montrons ? Pourquoi sommes-nous capables de dire « NON ! » sur certains plans et pas sur d’autres ? Il me semble que la réponse se trouve quelques lignes plus haut, dans le mot employé sciemment : s’affirmer ! Lorsque nous sommes dans une situation où l’on connait les attentes de nos interlocuteurs, aller à l’encontre de ces dernières demande de s’imposer, de savoir dire que nous ne sommes pas d’accord, que nous nous confrontons à leurs souhaits, nous nous exposons à la frustration, qu’elle soit privée ou professionnelle. Alors, suivant notre caractère, il est plus facilement possible de s’ancrer sur une facette plus que sur une autre (ou sur aucune d’entre elles (ou sur chacune d’elles) suivant ce que nous sommes)…

La conclusion de ce billet est simple : cela nous ramène encore une fois à notre « moi » intérieur, à ce que l’on est capable ou non d’endurer, d’accepter, et donc, logiquement, à ce que notre enfance a forgé ou a laissé en friche (et également avec une conscience de ce que sont les relations interpersonnelles)… Avec toujours, en pensée positive, la certitude que tout peut s’apprendre, que tout peut changer… Alors je vous pose la question à mon tour : « Et vous, vous en êtes où ? » Pas si facile de répondre à ça, n’est-ce pas ?…

Quant à « Comment dire… ? », cela relève d’un autre billet, que peut-être je développerai un jour !

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10 commentaires pour « Savoir dire non »

  1.  
    alainx
    20 octobre, 2010 | 9:49
     

    Cela me rappelle des souvenirs d’animation de ce genre de groupe…
    Bien sûr, on est forcément ramené à soi, à son parcours de vie.

  2.  
    20 octobre, 2010 | 11:09
     

    En lisant ton article, j’ai eu les images et surtout le sourire….
    Un sourire si beau, si simple, si fragile, qui tout compte cachait un caractère qui sans jugement aucun vous fit ce soir là mesdames un bien joli pied de nez !!!
    Je reviendrai sur le fond du sujet…

  3.  
    L'Être
    20 octobre, 2010 | 11:29
     

    Quand je suis affalée sur mon canapé avec un bon livre, je sais parfaitement dire non à l’appel de la serpillère; mais devant une roucoulade ou un bisou, je suis une chiffe molle!

  4.  
    20 octobre, 2010 | 12:16
     

    Alain : merci pour ton com, oui on ramène à soi, forcément !

    J’O : j’attends la suite…

    L’Etre : tiens, ben moi c’est tout pareil… Merci pour ta réponse qui m’a fait sourire… Et sinon ???…

  5.  
    20 octobre, 2010 | 18:29
     

    Savoir dire non tient également de la confiance en soi.

    Dire NON en amour signifie avoir suffisamment confiance en soi pour ne pas écouter la petite voix qui souffle ‘si tu dis non tu vas le perdre’.
    Dire NON dans nos professions signifie avoir suffisamment confiance en soi pour ne pas écouter la petite voix qui souffle ‘si tu dis non tu vas les perdre’.
    Nous avons notre valeur, tant sentimentale que professionnelle et si un NON coupe le lien c’est que ce lien n’était pas pour nous donc qu’il n’en valait pas la peine, ni la valeur qu’on lui accordait mais ne remet en aucun cas notre valeur perso.

    Dernièrement, j’ai dit NON à un patient.
    Il m’appelle à 17h50 pour annuler sa séance de 18h, je lui réponds qu’à moins d’un impératif cette séance reste due.
    Il me répond ‘oui, j’ai un impératif, je suis fatigué…’
    Ma réponse fut :
    - Vous habitez à 300 m de chez moi ; vous ne travaillez pas et vous m’appelez 10 minutes avant votre séance pour l’annuler pour cause de fatigue.
    - Oui ça fait partie de ma maladie….
    - Non ce qui fait partie de votre maladie c’est de vous bouger le cul pour aller voir votre psy de manière régulière. Vous avez pris la place d’un autre patient qui lui se serait sans doute déplacé si vous aviez annulé 48h avant s’eut été différent mais là vous restez redevable d’une séance, si tous mes patients faisaient comme vous, imaginez donc !!!
    - Je n’appelle pas pour avoir une leçon de morale, je veux un rendez vous pour dans 15 jours.
    Et ma réponse fut avant de raccrocher :
    NON !!!!!!!!

    Il ne rappellera sans doute pas et après tout nous n’étions sans doute pas fait pour travailler ensemble mais le NON est sorti de manière totalement naturelle.

  6.  
    20 octobre, 2010 | 19:03
     

    Merci pour la consult’ J’O, manque de confiance en soi ?!!! Ah bon !!! (dit-elle avec un large sourire !)… Et le ras-le-bol, ça peut être une motivation aussi non ? Manque de confiance en soi ou non !!! (parce qu’en ce moment je me sens capable de dire non fortement, à beaucoup d’emmerdeurs !!!)… Mais bon, sous les pavés,…

  7.  
    Sonia
    21 octobre, 2010 | 9:47
     

    Ce qui m’interroge c’est pourquoi dire non quand tout notre être nous crie oui…

  8.  
    21 octobre, 2010 | 13:55
     

    Ben si ton être crie « oui » pour du positif alors fonce !!! La vie est trop courte pour ne pas profiter !!!
    Paut être dis-tu « non » car tu as peur…

  9.  
    sylvette
    21 octobre, 2010 | 22:18
     

    j’ai l’impression d’avoir participé à cette soirée!!!!c’est fou?!!!

  10.  
    21 octobre, 2010 | 23:00
     

    Ciao Bella ! Heureuse de te voir ici, il me semble en effet, t’y avoir croisé… Quel bon souvenir à écrire en tout cas !
    Merci d’être passée… Reviens-y !!! Je t’embrasse !

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