Toi, grande dame destructrice qui emporte tout sur ton passage, tornade des plus violentes qui soient, qui arrache la vie des corps, qui détruit la pensée en même temps que les liens… Tu portes en toi le mal le plus sournois… Si par malheur on croise ta route, tu te feras un malin plaisir de laisser tes traces indélébiles…
Eux, elles, victimes ciblées qui ne te soupçonnent pas…
Car à t’observer oeuvrer, on sent bien que tel un cyclone, tu te formes insidieusement, mélange d’airs chauds et froids, tu te mets à tourbillonner dans les pensées, ton oeil tourné vers ton objectif : la destruction massive ! Au départ, un mot maladroit, un reproche, une blessure en apparence superficielle, un geste trop violent, qui vont se gangrener, s’étendre jusqu’à devenir obsédants ! Cela peut prendre des semaines, des mois, avant que l’on s’aperçoive que ce coup de vent s’est transformé en tempête… A ce stade, on ignore encore que tu n’en es qu’au début de tes ravages… Tu as pris le temps de t’installer dans leurs cellules grises, maintenant que tu es là, délivrant par ton haleine chaude le poison qui te constitue, tu vas, enfin, pouvoir t’approcher des côtes et te montrer à visage découvert…
Il est déjà trop tard !
Entre temps, les corps que tu habites ont maigri, trop vite, les assiettes remplies ne sont pas vidées, ne se remplissent même plus, les mots prononcés sont de plus en plus acerbes, comme si ces corps vomissants devaient cracher la bile qu’ils se fabriquent, par quelque moyen que ce soit. L’entourage commence à s’inquiéter, tente de raisonner la pensée que tu as saccagée, mais personne encore n’a perçu ta présence, on pense à une mauvaise passe, à un régime mal suivi, mais jamais, jamais à toi !
Tu prends de l’ampleur, ta colonne s’est formée, solide, tourbillonnante et massacrante… C’est le moment de la consultation médicale, du verdict : les corps sont désormais décharnés, mais animés d’une énergie sans faille, car pour mieux agir, il te faut les forcer à s’épuiser physiquement… C’est là que tu commences à t’attaquer aux réseaux, isolant tes victimes, les coupant de leur monde malgré eux, laissant leurs âmes en friche et emportant sur ton passage leur entourage inquiet qui n’ose plus intervenir… Tout, maintenant, tourne avec toi, dans ton socle de débris… Tu es cette grande dame égocentrique et tu le leur rappelles, sans cesse, à chaque repas, à chaque échange… Tu les as avilis, les cerveaux que tu as dévastés et tous ceux qui gravitent autour… Tu es le Mal et tu le fais savoir !
On parle de maladie…
Les médecins te nomment, enfin ! Mettent leurs corps sur un lit d’hôpital pour tenter de t’aveugler, de t’amenuir, les éloignent de leur famille et de leurs amis, impuissants. Tu t’affaiblis, mais tu luttes encore… Ca va durer longtemps, tu es résistante. Tu ne capitules pas comme ça. Parfois, tu gagnes et tues, pas toujours, heureusement.
Mais quoi qu’il se passe, tu laisseras les traces de tes violences, ancrées dans les pensées de tous, car lorsqu’on t’a côtoyée, jamais on ne t’oublie… Ce n’est pas pour rien qu’on te dit MENTALE, moi je te dis fatale… ANOREXIE.
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