A travers la vitre d’un train…

Posté le 9 janvier 2011

Il y a longtemps que je n’avais pas mis les pieds dans une gare, un soir pluvieux d’hiver, au moment où la lumière se fait douce, comme pour mieux accompagner les vies de chacun…

C’est fou ce que l’on peut ressentir en regardant l’être aimé à travers la vitre d’un train, ces quelques minutes suspendues avant le départ, qui nous laissent en sursis, qui s’écoulent lentement et terriblement vite en même temps… Ces minutes où déjà, l’autre n’est plus accessible autrement que par un seul de nos sens : le regard… Alors, comme lorsqu’on est amputé d’un de ces sens, celui qui reste s’accroît, on sent en nous l’intensité de son expression, on ressent chacun des mots que ce sens veut exprimer et il se passe alors cet instant absolument intemporel où plus rien d’autre n’existe que ce que chacun des deux perçoit. J’ai ressenti cela ce soir, et chaque seconde qui s’écoulait rythmait les battements de mon coeur et de mes cils, quand  mes yeux accrochés aux siens ne se lâchaient plus…

Puis, inévitablement, les signes annonciateurs du départ m’ont ramenée à la réalité, quelques bruits de pistons, la fermeture ouatée des portes et le doux ronronnement du moteur, enfin, la mise en marche fatale de la machine, dans un silence assourdissant, qui tranche dans le vif et déchire les entrailles… Quelques signes lancés, comme par désespoir, à travers cette vitre en mouvement, le regard que l’on perd, la silhouette enfin, il ne reste plus qu’à se retourner sur ce quai brumeux (était-ce du brouillard ou… ?), pour rejoindre le temps et la réalité…

Il est de ces moments si forts qu’ils en sont douloureux, mais qui nous rendent vivants… C’est beau une gare, la nuit !

5 commentaires pour « A travers la vitre d’un train… »

  1.  
    Kaoutar
    9 janvier, 2011 | 23:32
     

    C’est vrai que dans les gares l’émotion est très dense….C’est comme si l’air s’épaississait…Comme si les deux personnes qui se quittent étaient seules, sans personne autour.
    C’est pareil pour les trains à l’arrivée, je m’installe des fois au début du quai, j’observe les gens qui attendent, leur visage tendu, impatient, leurs yeux qui cherchent, et soudain ce sourire à leurs lèvres, leurs bras levé, leur main qui s’agite, alors ils s’avancent, ils s’étreignent, c’est ce que je préfère entre tout… ces effusions.

  2.  
    10 janvier, 2011 | 0:17
     

    Merci de ce partage d’un moment touchant et fort bien écrit…

    Dernière publication sur Les billets de Manuel : Le portable qui ignore l'autre

  3.  
    10 janvier, 2011 | 9:36
     

    Kaoutar : bienvenue ici, merci pour ton témoignage qui complète bien le mien !

    Manuel : quel plaisir de te relire ici, merci pour ces quelques mots…

  4.  
    10 janvier, 2011 | 16:54
     

    Partir pour mieux revenir…
    Une pensée à celui qui est parti et à celle qui est restée !
    Bises
    J’O

  5.  
    10 janvier, 2011 | 20:30
     

    Merci J’O, oui, partir pour mieux revenir, c’est pour ça que la gare était belle !… Je t’embrasse…

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