Les plumes d’Asphodèle – Lettre H -

Posté le 27 août 2011

Suite et fin des plumes d’Asphodèle, avec ces mots : HÉSITER – HURLEMENT – HUMAIN – HÉLICOPTÈRE – HIRSUTE – HÉCATOMBE – HONNEUR – HONGROISE – HASCHISCH – HARMONIE – HUMBLE – HÉRISSON – HYPOTHÈSE – HUMILIATION – HANTER – HARIDELLE – HASARD – HYÉMAL (E) ou HIÉMAL(E) – HALO.

C’était humain ! Elle n’avait pas résisté à cette envie…

Elle s’était assise là, discrètement et légèrement en retrait pour mieux écouter les notes qui émanaient du vieux piano poussiéreux qu’il venait de retrouver. Le fauteuil dans lequel elle s’était enfoncée était sans âge et pourtant encore confortable, il avait cette odeur de vécu qui forçait le respect, et c’était tout en son honneur. Elle avait découvert, posé sur un de ses accoudoirs, Les paradis artificiels de Baudelaire, et avait entamé ce matin le « poème du haschisch », elle le poursuivrait tout à l’heure, après le piano… là, ce n’était pas le moment.  Elle l’observait, lui, se familiariser avec cette partition qu’il avait jouée et rejouée, il y avait si longtemps, ils ne se connaissaient pas encore… Elle se sentait en parfaite harmonie avec lui, à ce moment précis de la journée. Le premier prélude de Bach auquel il s’était attaqué tombait sans hasard dans sa vie… Entre eux, depuis le début, tout n’était qu’évidence, une évidence déroutante qui lui donnait parfois envie de pousser des hurlements tant elle mesurait sa chance. Elle voulait rester humble dans son bonheur, comme le font ces grands voyageurs qui racontent leurs périples avec une simplicité sans égal. Elle se laissa emporter dans ses rêveries, profitant du halo de lumière qui pénétrait par les volets entrebâillés. Pourquoi n’avait-elle pas hésité quand il avait commencé à la courtiser, tel un gentleman, lâchant par petites touches épistolaires son inclinaison pour elle ? Avec lui, elle n’avait pas eu peur d’une ultime humiliation, et l’hypothèse d’un échec l’avait à peine effleurée. Il avait trouvé le chemin qu’il fallait se frayer pour faire tomber ses défenses, la ramener de son repli sur elle, glacée qu’elle était par l’hécatombe de sa vie comme le sont ces montagnes hyémales qui jamais ne dégèlent. Quand elle y songeait, elle voyait sa vie desséchée comme une haridelle, aussi hirsute qu’un hérisson et aussi tragique que la scène dans Platoon lorsque l’hélicoptère décolle, abandonnant Willem Dafoe à la mort. Mais il avait compris… il s’était approché d’elle à petits pas, comme dans ces danses hongroises où les pieds minuscules et fragiles des danseuses laissent penser que le temps se suspend. Elle s’était défendue un peu, au départ, restant sur la réserve. Peu à peu pourtant, elle avait saisi qu’avec lui, tout serait différent. Doucement, il l’avait encouragée sans la brusquer, lentement, patiemment, il s’était installé dans ses pensées, chacun de ses mots à lui prenant plus de place en elle, allant jusqu’à la hanter. Elle se souvint de cet instant précis qui lui permit de lâcher prise et de se laisser aller à lui. Cela faisait un an bientôt, elle n’avait jamais eu conscience aussi accrue de ce qu’était le bonheur, savourant chacun des gestes qu’il lui offrait, chacun de ses mots aussi. Et là, elle le regardait poser ses doigts avec précaution sur les touches noires et blanches, émue et vrillée par une émotion qui la bouleversait. Elle se dit que c’était lui, elle se dit qu’elle aimait, d’un amour sans égal, d’un amour qu’elle mènerait loin. Elle lui murmura « je t’aime », un de ces « je t’aime » que l’on dit douloureusement et qui font perler des larmes aux yeux… Il ne l’entendit pas mais ce n’était pas grave… Il savait.

23 commentaires pour « Les plumes d’Asphodèle – Lettre H - »

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  1.  
    29 août, 2011 | 12:28
     

    Merci pour ce beau com…

  2.  
    claudialucia ma librairie
    31 août, 2011 | 11:08
     

    Très beau, en effet; une analyse des sentiments tout en finesse et les mots viennent naturellement, sans effort.

  3.  
    31 août, 2011 | 12:15
     

    Merci merci merci !!!

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